Cette révolution sera-t- elle la bonne ? À l’étranger, on tord le nez, on se pose la question. À l’intérieur, ceux qui ont faim et soif de liberté n’ont pas ce luxe. Ils descendent dans la rue au prix de leur vie, pour scander, chanter et danser, défier les bassidjis et le Guide suprême. À l’image de cette nouvelle icône ayant allumé sa cigarette avec son portrait en flammes. Ils sont si nombreux à avoir eu ce cran. Tant de femmes et d’hommes se sont levés depuis le « mouvement vert » en 2009. Elles ont arraché leurs voiles, ces drapeaux de la République islamique. Il est tombé dans la rue, et parfois il tombe des ambassades, ce drapeau, pour être remplacé par celui de l’Iran d’avant, avec un lion royaliste.

N’en déplaise aux commentateurs de salon, qui aimeraient que l’on passe aisément d’une dictature fanatique à une démocratie parfaite, il faut une figure forte et un symbole puissant pour espérer cette transition... Et aujourd’hui, vu l’éclatement de l’opposition (entretenu par le régime et la paranoïa née de la dictature), ce symbole semble être Reza Pahlavi, fils du chah renversé par les mollahs. Cet homme qui a vécu aux États-Unis a démontré qu’il pouvait lever des foules en Iran. Il dit souhaiter une république laïque, peut-être une monarchie parlementaire, comme en Grande-Bretagne. Ne soyons pas naïfs : nous sommes en Iran. Cette transition, si elle advient, se fera dans le chaos et le sang. Mais au moins elle se fera. Et c’est tout ce qui compte.

Quatre facteurs semblent réunis : une inflation hors de contrôle qui unit le bazar et les étudiants, une figure d’opposition, un régime affaibli et une administration américaine prête à aider. Il ne s’agit pas d’imposer la démocratie d’en haut, comme en Irak, mais de permettre à un peuple mûr et déterminé de renverser ses bourreaux. Cela change tout. Mais bien sûr, cela n’a rien d’évident.

On ne sort pas d’une telle tyrannie sans effusions. Mais l’essentiel est d’en sortir. Et l’on devrait tous le souhaiter, pas seulement pour les Iraniennes et les Iraniens que nous admirons, mais pour nous également. Tant ce régime nourrit des serpents toxiques en Occident : des proxys islamistes aux réseaux de drogue en passant par quelques propagandistes stipendiés qui importent les éléments de langage de l’islamisme et de nos ennemis.

On pense à l’agent d’influence du régime Shahin Hazamy, arrêté depuis, et à son rôle néfaste auprès de notre jeunesse. On connaît ses connexions avec des députés LFI (documentées par Franc-Tireur). Un jour, ce régime mortifère tombera, et ce jour-là nous aurons les noms de tous ceux qu’il a payés pour noyauter des partis ou notre débat public. En attendant, les responsables de médias doivent réfléchir avant de donner la parole à n’importe qui. Entre les avocates d’origine iranienne qui sont surtout militantes insoumises et les journalistes qui ont toujours de la famille en Iran (donc à portée de main du régime), chacun peut avoir des raisons de se dire prudent et « réaliste ». C’est-à-dire récalcitrant au changement. Ici, nous le disons très clairement : nous rêvons de ce renversement. Femme, Vie, Liberté.

 

Caroline Fourest