etudes
The Dinah Project
il a fallu du temps pour que le "project Dinah" sorte. Parce que pour l'élaborer il a fallu recouper, regrouper des tonnes de témoignages et visionner des heures et des heures d'horreur.
Qu'est ce que le project Dinah? C'est le rapport qui est sorti après les attaques du 7 octobre 2023 où 1200 innocents furent mutilés, assassinés et barbarisés (le mot n'existe pas mais je l'emploie à bon escient). il est axé sur le fait que le viol barbare fut une des armes de guerre massive, perpétrée sur toutes les petites filles, jeunes filles et femmes qui furent assassinées ou prisent en otage par le hamas palestiniens. Ce rapport a été traduit en français et fort de savoir de quoi je parlais, je l'ai lu. je vais donc mettre le lien ici et si si vous êtes curieux-ses, si vous voulez connaître la vérité, si vous êtes relativement bien accrochés, alors vous pourrez cliquer sur le lien..
je préviens encore une fois, c'est terriblement dur.....
Holocaustes
Extrait du livre de Gilles Kepel - Holocaustes. Israël, Gaza et la guerre contre l'occident.
Deux holocaustes incarnent la malédiction de la Terre sainte depuis l’automne 2023 : La razzia pogromiste du hamas, le 7 octobre, où ont été massacrés, violés, mutilés 1140 israéliennes et israéliens, des nourrissons aux vieillards, et l’hécatombe de Gaza, provoquée par les bombardements et les opérations au sol de l’armée de l’Etat juif, où ont péri près de 25000 personnes, pendant les cent premiers jours de l’offensive.
Au sens premier, holocauste désigne un sacrifice religieux au cours duquel la victime est entièrement consumée par le feu. Par extension, il signifie tout sacrifice, puis figure la victime elle-même. Dans l’usage moderne du mot, il veut dire « anéantissement », qualifiant en particulier, après la seconde guerre mondiale, les massacres systématiques de juifs effectués notamment dans les camps de concentration nazis et s’achevant dans les fours crématoires, ou abattus par balles. En ce dernier sens, le nom hébraïque Shoah (anéantissement) s’est graduellement substitué à celui d’Holocauste, pour marquer la singularité d’un phénomène exceptionnel par son horreur et son ampleur. Le mot « génocide », en revanche, a potentiellement un spectre universel. Ce néologisme créé en 1943, a fait l’objet d’appropriations et de dénégations à caractère politique. Il a été appliqué à diverses catégories de groupes humains, selon des conditions qu’examine ce propos, dans le contexte précédant le 7 octobre.
Holocaustes, au pluriel, est à prendre au sens propre des sacrifices de victimes en masse, que musulmans palestiniens et juifs israéliens se sont mutuellement infligés durant un processus spécifique qui s’est déroulé en automne 2023. Ces atrocités adviennent trois-quarts de siècle après la fin de la seconde guerre mondiale, au moment où les équilibres du monde sont en train de basculer de manière décisive, en termes démographiques et économiques. Ce grand chamboulement s’est accompagné d’une offensive contre les pays occidentaux qui contrôlent les principaux leviers internationaux. Ils sont désignés désormais comme « nord » par leurs adversaires d’un improbable « Sud Global », qui substituerait au vieil affrontement entre l’Ouest et l’Est, l’OTAN et le pacte de Varsovie, en compétition pour la domination sur le tiers-monde d’alors, un nouvel antagonisme. Le Nord qui s’y verrait isolé, et le Sud dont le leadership serait symbolisé, au 1er janvier 2024, par l’alliance ad hoc des dix états BRICS+, parmi lesquels, la Chine et la Russie.
Or, le conflit israélo-palestinien matérialise et exacerbe, en cet automne, le clivage entre ces deux ensembles, Israël étant identifié au Nord et la Palestine au sud, avec d’autant plus d’acuité que leurs frontières sont floues et que certains entrepreneurs politiques souhaitent galvaniser celles-ci dans une dynamique agressive. C’est ainsi que l’Afrique du Sud, tête de pont du Sud, a déposé une plainte pour « génocide » contre Israël le 29 décembre 2023 devant la cour internationale de justice. En télescopant 1947 et 2023, la création de l’Etat hébreu par l’ONU comme refuge pour les juifs après le nazisme, et l’hécatombe de Gaza, pour délégitimer l’existence même d’Israël. Pretoria s’efforce de substituer la mémoire de la lutte anticoloniale, symbolisée par le combat contre l’apartheid, à celle de la bataille contre l’antisémitisme hitlérien.
Les acteurs de la tragédie, que cristallise l’affrontement sur la Terre sainte des religions abrahamiques, s’expriment en des termes qui mêlent théologie et politique. A l’islamisme radical du hamas sunnite comme de ses alliés et mentors chiites de l’axe de la résistance à l’entité sioniste, chapeauté par Téhéran s’opposent les messianistes et suprématistes juifs qui contrôlent l’agenda du gouvernement de Netanyahou, dans un semblable fanatisme s’enivrant de l’holocauste de ses victimes respectives. C’est dans leur sang que s’écrit l’histoire. En ce début du troisième millénaire chrétien, la double razzia bénie de Ben Laden contre New York et Washington le 11 septembre 2001 avait déjà tenté de lui substituer un millenium islamiste. La razzia pogromiste du hamas le 7 octobre 2023 en renvoie l’écho deux décennies plus tard.
Lutter contre le totalitarisme.. comprendre la pensée d'Hannah Arendt
Sommes-nous revenus aux années 1930 ? Pour le savoir (re)plongeons-nous dans la pensée d’Hannah Arendt, la philosophe qui a décortiqué les régimes totalitaires, car si elle nous permet de comprendre comment s'est arrivé, elle nous donne aussi des clés pour éviter que ça ne se reproduise.
L'histoire d'Hannah Arendt est d'abord celle de sa survie. En tant que juive allemande elle a dû fuir une première fois l’Allemagne en 1933, à l'arrivée d'Hitler au pouvoir et une deuxième fois la France en 1940. C'est peut-être pour ça qu'elle consacre sa vie à comprendre, à analyser, à décortiquer les régimes totalitaires. Et ce qu’affirme Arendt dans son ouvrage le plus célèbre Les origines du totalitarisme (1951) c'est que le totalitarisme n'est pas une forme exacerbée de dictature.
Les spécificités du totalitarisme
S’il y a des éléments commun aux deux régimes comme la puissance absolue d’un chef, l’endoctrinement, le climat de défiance paranoïaque
ou encore la suppression des libertés fondamentales, il y a en revanche deux leviers qui sont spécifiques au totalitarisme.
Premièrement le complot, comme l'invocation par les nazis d'une conspiration juive mondiale et deuxiemement, la terreur.
"Le second levier consiste en une terreur sans fin. Pour Arendt, elle est l'essence même de ces régimes, car ils ne se contentent pas de détruire les adversaires politiques. Elle englobe ensuite, dans la catégorie de suspects ou d'ennemis objectifs, la population toute entière, chacun devenant en quelque sorte l'espion ou l'agent provocateur de n'importe qui.
Sylvie Granotier dans Arendt, la courageuse
Et c’est là que le totalitarisme est très spécifique, il ne se contente pas de contrôler les institutions : il cherche à s’emparer de la société, y compris des pensées et des croyances des individus.
Et c’est justement dans ce contrôle des individus que surgit un concept élaboré par Arendt - et qui a été critiqué car il minimiserait la responsabilité individuelle - c'est celui de "banalité du mal".
La banalité du mal ou la deresponsabilisation des individus
En 1961 à Jérusalem, Hannah Arendt assiste au procès d’Adolf Eichmann, un haut fonctionnaire nazi, impliqué dans la déportation massive des juifs. Pour elle, cet homme n’est ni un psychopathe sadique ni un monstre fanatique, mais plutôt le parfait exemple de ce que produit le totalitarisme et notamment la bureaucratie : c'est la la déresponsabilisation des individus.
Un individu normal, banal, qui ne fait qu'obéir aux ordres."On n'a pas besoin de personnalités exceptionnelles pour commettre le mal. En revanche, on a besoin de certaines situations. Et ce qu'elle dit d'Eichmann, ce qu'elle lui reproche, mis à part le fait qu'il a été l'un des grands acteurs de l'extermination des juifs, c'est finalement qu'il a refusé de penser."
Le rôle du travail dans la pensée totalitaire
De là, Arendt tire toute une réflexion sur le travail puisque Adolf Eichmann s’est défendu en disant qu’il "ne faisait que son travail". Et comme le précise Perrine Simon-Naoum : "ce contre quoi elle nous met en garde dans le phénomène travail, c'est la manière dont il produit une déshumanisation".
Pour comprendre ça, il faut déjà expliquer que pour Arendt il existe une distinction entre :
- Le travail : l’activité utilitaire répétitive que nous faisons pour gagner de quoi vivre.
- L’oeuvre : ce qui perdure, ce qui nous survit que ce soit un bâtiment, une pensée philosophique, une table ou de l’art.
- L’action : ce qui permet à l’humain de s’élever. C’est l’action qui est au cœur de la politique et de la liberté
Arendt critique notre époque moderne dans laquelle l'œuvre et l’action sont négligées, ce qui conduit à l’aliénation du travail.
L’humain, réduit à sa fonction de travailleur, devient un "animal laborans" ce qui rend possible la déshumanisation dont elle parle. C’est donc pour ça que ses travaux lient le travail au totalitarisme."Il est dans la nature même du gouvernement totalitaire, (...) de transformer les hommes en fonctionnaires, en simples rouages de la machine administrative et, ainsi, de les déshumaniser." Extrait d'Eichmann à Jérusalem (1963)
La liberté c'est l'action
Alors comment lutter contre cette aliénation ? Pour Arendt cela passe par l’action, l’activité la plus élevée de l'être humain. L’action permet donc aux individus de se dévoiler aux autres et de les découvrir, d’interagir avec eux et donc de faire un monde commun. C’est donc l’essence même de la politique
Arendt ne s’arrête pas là, car pour elle c’est aussi l’action qui rend libre, comme elle l'écrit dans La condition de l'homme moderne (1958) : "Être libre et agir ne font qu’un. "
Et pour Arendt la véritable liberté provient de l’action politique collective. Elle critique d’ailleurs ceux qui réduisent la liberté à une affaire individuelle qui se définirait simplement par l’absence de contrainte. Au contraire, Arendt insiste sur le caractère collectif de la liberté et nous met en garde dans Les Origines du totalitarisme (1951) : "Le but du totalitarisme n'est pas seulement de supprimer les opposants politiques, mais aussi d'isoler les individus les uns des autres et d’effacer toute forme d'organisation sociale ou de solidarité."
Donc d'après Hannah Arendt, pour lutter contre les régimes totalitaires le mieux ça reste donc de penser, débattre, et de s’engager collectivement.
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Source France Info
le sionisme, qu'est-ce ?
Le sionisme est un mouvement politique, culturel et idéologique né à la fin du XIXᵉ siècle, dont l’objectif principal était (et, pour certains, demeure) la création et le maintien d’un foyer national juif en Palestine, territoire alors sous domination ottomane, puis britannique.
Origines
- Contexte historique : Au XIXᵉ siècle, l’Europe voit ressurgir de vives poussées d’antisémitisme, même dans des pays réputés libéraux. De nombreux Juifs se sentent exclus malgré les promesses d’émancipation.
- Père fondateur : Theodor Herzl (journaliste austro-hongrois) publie en 1896 L’État des Juifs, appelant à la fondation d’un État juif pour mettre fin aux persécutions.
- Premier congrès sioniste : Bâle, 1897, où Herzl fixe l’objectif d’« établir un foyer pour le peuple juif en Palestine, garanti par le droit public ».
Évolutions
- Sionisme politique : Vise explicitement la création d’un État souverain, via la diplomatie et l’installation de colonies agricoles juives.
- Sionisme culturel : Souhaite surtout raviver la culture et la langue hébraïque, plutôt qu’un État politique fort.
- Sionisme religieux : Voit le retour en Terre sainte comme une promesse biblique.
- Sionisme travailliste : Associe idéal socialiste et construction nationale (kibboutzim, travail de la terre).
Résultats
- Déclaration Balfour (1917) : Le Royaume-Uni se déclare favorable à l’établissement d’un « foyer national juif » en Palestine.
- Mandat britannique (1920-1948) : Immigration juive croissante, tensions avec les populations arabes locales.
- 1948 : Création de l’État d’Israël, considérée comme l’aboutissement du projet sioniste.
- Aujourd’hui : Le terme « sionisme » désigne surtout le soutien à l’existence et à la sécurité d’Israël comme État juif — mais il suscite des débats vifs :
- Certains le voient comme un mouvement de libération nationale.
- D’autres le critiquent comme un projet colonial ou expansionniste.
pourquoi le mot “sionisme” est si controversé aujourd’hui, et comment il est parfois confondu (ou confondu volontairement) avec d’autres notions comme le judaïsme ou l’antisémitisme
1. Sionisme ≠ Judaïsme
- Le judaïsme est une religion, une culture et une identité millénaire.
- Le sionisme est un mouvement politique né il y a un peu plus de 120 ans.
Tous les Juifs ne sont pas sionistes (certains mouvements religieux s’y sont même opposés longtemps), et tous les sionistes ne sont pas juifs (certains chrétiens soutiennent Israël pour des raisons théologiques).
Confondre les deux revient à dire que tous les catholiques seraient monarchistes, ou tous les musulmans panarabistes — ce qui n’a pas de sens.
2. Pourquoi le terme est-il devenu polémique ?
- Dans le monde arabe et musulman : le mot sionisme est souvent associé à l’expulsion ou la marginalisation des Palestiniens lors de la création d’Israël (1948), puis aux guerres israélo-arabes. On y voit un projet colonial soutenu par l’Occident.
- En Europe et ailleurs : certaines critiques d’Israël utilisent sionisme comme synonyme d’Israël ou de politique israélienne — mais ce glissement peut vite déraper : dénoncer « les sionistes » devient parfois une manière voilée d’attaquer les Juifs en général.
- Dans l’extrême droite ou l’extrême gauche : le terme est parfois utilisé pour alimenter des théories du complot (« complot sioniste mondial »), recyclant de vieux clichés antisémites sous un mot moderne.
3. Pourquoi cette confusion est dangereuse ?
- Critiquer Israël ou le sionisme : légitime dans un débat politique.
- Accuser “les Juifs” d’être responsables d’Israël : antisémitisme pur et simple.
En clair : on peut critiquer le sionisme comme on critique le communisme ou le capitalisme, mais dès qu’on en fait une étiquette pour un peuple entier, on franchit une ligne rouge.
4. Aujourd’hui, le mot recouvre plusieurs réalités
- Pour un Israélien modéré, sionisme = droit à l’existence et à la sécurité d’Israël.
- Pour un Palestinien expulsé ou réfugié, sionisme = perte de sa terre.
- Pour certains Occidentaux, sionisme = projet colonial, ou lobby politique.
- Pour d’autres, sionisme = simple mouvement de libération nationale du peuple juif.
C’est donc un mot chargé, presque explosif, parce qu’il touche à l’identité, à l’histoire et à la mémoire des persécutions.
Voici un schéma comparatif, bien net et équilibré, qui montre comment le mot sionisme est perçu selon différents points de vue :
1. Vision sioniste / israélienne
- Définition : Mouvement de libération nationale du peuple juif.
- But : Garantir un État juif sûr et souverain après des siècles de persécutions.
- Perception : Légitime, nécessaire, réponse historique à l’antisémitisme.
2. Vision palestinienne / arabe
- Définition : Projet colonial européen imposé sur une terre habitée.
- But (perçu) : Prendre la terre, marginaliser ou expulser les Palestiniens.
- Perception : Injustice historique, source principale du conflit.
3. Vision occidentale critique
- Définition : Nationalisme comme un autre, qu’on peut critiquer ou soutenir.
- But (perçu) : Défense d’Israël mais souvent au prix de violations du droit international.
- Perception : Mouvement qui a dérapé vers l’expansionnisme.
4. Vision antisémite (dangereuse et fausse)
- Définition : « Complot mondial des Juifs » (théorie du complot).
- But (imaginaire) : Dominer les gouvernements, la finance, les médias.
- Perception : Dérive idéologique qui recycle de vieux clichés antijuifs sous un nouveau mot.
Résumé visuel rapide :
- Pour les sionistes : libération nationale
- Pour les Palestiniens : colonisation
- Pour certains critiques : nationalisme discutable
- Pour les antisémites : prétexte à la haine
25 états des USA aux noms amérindien
Des ecrits de jeunes russes sous Staline - tiré du magasine GEO
Le contenu de vingt-cinq journaux intimes d’adolescents rédigés entre 1930 et 1941 ont été publiés dans une étude particulièrement novatrice. Ces témoignages saisissants révèlent leurs angoisses et les préoccupations : la famine, la violence, l’amour et, bien sûr, la guerre.
"Les tests et examens ne devraient pas définir la vie, non?!... Mais qu’est-ce que la vraie vie? Prenons mes parents : ils vivent et travaillent à la sueur de leur front. Peut-être est-ce cela, "la vie"? Si c’est le cas, Dieu nous en garde. Peut-être que la "vraie" vie, c’est l’armée, la guerre, le front?". Cette réflexion terriblement déprimante n’est pas celle d’un personnage de Fiodor Dostoïevski ou d’Anton Tchekhov mais elle aurait pu. Et pour cause, c’est celle de Sergueï Argirovski, un jeune soviétique de 19 ans en janvier 1941.
Des témoignages historiques rares
Comme ceux de vingt-quatre de ses homologues, le journal de cet adolescent a été publié dans une étude menée par Ekaterina Zadirko, chercheuse en études slaves au Trinity College de l’Université de Cambridge. Relayé par le site Phys.org, ce document a d’original que rares sont les historiens à s'être préoccupés de ce qui traversait l’esprit de la jeunesse de l’URSS de Staline. Ils leur ont souvent préféré une étude plus traditionnelle des faits, basée sur des documents officiels et des témoignages de personnages de premier plan, ou simplement ceux d’adultes.
"Les chercheurs ont tendance à écarter ce qui se trouve dans ces journaux comme de simples préoccupations adolescentes" explique Ekaterina Zadirko. Et d’ajouter : "Mais dans la Russie des années 1930, l’écriture était une méthode centrale pour passer de l’adolescence à l'âge adulte et trouver sa place dans la société. Même si leur journal restait un document privé, écrire avait pour ces jeunes une importance capitale, presque existentielle."
La faim, toujours la faim
Sans surprise, l’un des thèmes récurrent de ces textes est la famine qu’ont connue les Soviétiques les plus pauvres, à commencer par les paysans qui produisaient pourtant la nourriture. "Notre père a été envoyé en Sibérie… nous étions affamés. Nous avons commencé à aller dans les champs et à y attirer les spermophiles [de petits rongeurs aussi appelés écureuils terrestres, ndlr] pour les manger", écrit ainsi Ivan Khripunov, 18 ans, en septembre 1941.
Ce texte est profondément politique puisqu’il raconte ensuite que la condamnation de son père n’est pas un hasard. "La famine n’a pas éclaté à cause d’une mauvaise récolte mais parce que toutes les récoltes ont été réquisitionnées. [...] Pour n’avoir pas cédé le grain qu’on nous avait pris, notre père a été envoyé en Sibérie… Sans pain… et sans notre père, nous étions affamés… nous ramassions les épis (il était interdit de le faire, et plusieurs fois, les surveillants ont pris les épis et nos sacs) ; nous rapportions les balles et faisions des galettes avec."
Les dangers de l’écriture et de l’amour
Bien qu’ils s’inscrivent dans la tradition des grands diaristes russes, certains de ces textes auraient pu valoir le goulag à leurs auteurs. "Je ne pense pas qu’Ivan se rendait compte qu’il faisait quelque chose de potentiellement dangereux", explique encore la chercheuse, "En imitant Gorki, Ivan suivait des conventions littéraires établies, mais ce faisant, il transgressait les règles de l’autobiographie publique stalinienne en abordant des sujets tabous. Ce n’était pas une expression consciente de dissidence politique, mais un conflit entre modèles culturels."
Autre sujet récurrent dans les écrits de ces jeunes hommes : l’amour. Et là encore, ils font face à un conflit de taille, entre les émotions qu’ils ressentent naturellement et le modèle extrêmement strict que leur enseignent les institutions soviétiques. "On incitait les jeunes à ne pas avoir de relations sexuelles avant le mariage, à d’abord établir une amitié et à choisir un partenaire qui serait un camarade, quelqu’un qui vous rendrait meilleur", raconte Ekaterina Zadirko à ce sujet.
Le plus révélateur de ces textes est à nouveau à attribuer à Ivan Khripunov : "À l’étranger, l’amour est le but principal de la vie… Pour nous, l’amour est une préoccupation secondaire. Le plus important, c’est le travail collectif. Nous disons rarement le mot 'amour.' … Je suis tombé amoureux d’une fille, mais elle ne m’aimait pas… Dans mes pensées, je voulais seulement la regarder et ne pas souiller mon être tendre avec des rêves de rapports sexuels."
La guerre et la mort
Enfin, il y a la guerre, qui se ressent dans les textes comme dans leur absence. En effet, plusieurs des journaux s’arrêtent lorsque leurs auteurs sont appelés à rejoindre l’Armée rouge et à partir au front. "Une nouvelle vie commence. C’est pourquoi j’ai écrit mon autobiographie… La guerre fait de tout le monde des adultes. Je pensais être un garçon, mais maintenant, je suis enrôlé comme un adulte", analyse Ivan un an avant de disparaître au front sans que la date exacte de sa mort ne soit connue.
"Il ne faut pas trop exotiser les vies soviétiques", commente simplement Ekaterina Zadirko à ce propos. Elle conclut : "L’idéologie soviétique a façonné les gens, mais ils n’étaient pas complètement embrigadés. Il n’y avait pas simplement ceux qui y croyaient d’un côté et des dissidents de l’autre. [...] Les journaux montrent que les Soviétiques, y compris les adolescents, étaient tout cela à la fois, essayant d’assembler leur identité et de comprendre le monde avec ce qu’on leur avait donné."
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