hoé hoé matelot !!!
ça pourrait être risible, j'ai bien dit "ça pourrait"..... l'aide humanitaire sur le bateau ne pourrait servir que pour un brunch... si, ça c'est très drôle...
ça pourrait être risible, j'ai bien dit "ça pourrait"..... l'aide humanitaire sur le bateau ne pourrait servir que pour un brunch... si, ça c'est très drôle...
On finira par me taxer de je ne sais quoi à tout le temps défendre les juifs.. moi qui n'y suis que peu, voir pas du tout... C'est ainsi lorsque l'on se doit de défendre la liberté d'être, la liberté de vouloir vivre tranquillement avec ses convictions quelles soient religieuses ou autres. C'est donc un ouvrage de Joan Sfar, avec son propos l'accompagnant.
je le cite donc.
"C'est le seul de mes ouvrages qui relève réellement du domaine de l'historien. Histoire du peuple juif et histoire de l'antisémitisme. Je m'y suis attelé parce que j'avais la certitude que la falsification et le boycott de l'histoire juive nous pendait au nez . Nous y sommes avec ce boycott universitaire que subit le colloque du @mahjparis . La Palestine a bon dos! Les universitaires qui refusent qu'on enseigne paisiblement l'histoire des français juifs font partie de cette espèce qui ne supportent les juifs ni en Europe ni au Proche-Orient. On a bien compris qu'ils nous veulent sous terre et si possible silencieux. Total soutien au @mahjparis @les_arenes"
Palestine " nous combattons les juifs, pas le sionisme" ...Ahed tamini
Le 8 octobre au matin, alors que des milliers de roquettes s’abattaient encore sur Israël et que 250 otages – enfants, femmes et hommes, vieillards et bébés – étaient enfouis dans les tunnels de la mort, le hamas et ses relais exigeaient déjà un « cessez-le-feu » et parlaient de « génocide ». En un temps record, une partie des grandes agences et rédactions a relayé la propagande de guerre du hamas : Eléments de langage copiés-collés, images sans contexte, statistiques invérifiables transformées en « faits ».
La stratégie est classique et cynique ; Inversion accusatoire. Le 7 octobre, ce n’est plus l’attaque du hamas, depuis 1948, c’est Israël le « génocidaire » - colonisateur, apartheid etc.. Objectif : Isoler l’état juif, criminaliser sa légitime défense, l’illégalisme à terme est enclenché.
Derrière cette campagne mondiale, la plus massive depuis l’ère nazie, on retrouve les réseaux fréristes et leurs alliés, implantés partout : dans les instances judiciaires et médiatiques. Un pilotage en étoile qui rayonne depuis Doha, mais aussi via des relais à Riyad, Le Caire, Amman, Téhéran et Ankara… tous achetés à l’immunité politique par des années d’influence, de financements et d’accès aux cénacles internationaux. Résultat : le narratif précède les faits et la morale sert de couverture à la réalpolitik.
Le 7 octobre disparaît des radars. Les otages deviennent une monnaie pour arrêter la guerre, donc la responsabilité d’Israël. Le hamas est blanchi par le langage « résistance », « défense », quand Israël est réduit au rôle de coupable unique ; « génocide », « famine », Slogans martelés, preuves ignorées. La propagande n’a plus besoin d’armes, elle a la respectabilité.
La France d’Emmanuel Macron ose parler « d’indignité » à Gaza tout en oubliant que la cause qu’elle blanchit a massacré 50 de ses ressortissants juifs, oui des français. Elle prépare à l’ONU la reconnaissance d’un « Etat Palestinien », comme si l’on pouvait récompenser, par la diplomatie, le plus grand massacre antisémite depuis la Shoah.
On n’ « équilibre » pas l’histoire en sanctionnant l’unique Etat juif pour avoir résisté à une invasion génocidaire. On officialise un mensonge dont les premières victimes seront, encore, les juifs de France, et les suivantes, toutes les démocraties.
On ne fabrique pas un Etat contre un autre. On ne reconnaît pas une entité dont les chartes, manuels et télévisions prêchent l’effacement d’Israël.
Aurait-on reconnu un état nazi après la Shoah ? Non !! Parce que l’on ne légitime pas une idéologie d’extermination.
Tout le reste n’est qu’un chèque en blanc pour la prochaine boucherie….
Simon Weinberg.
x.com/sImonweinberg - @simonweinbergoff - youtu.fr/SubB7aJp3VI?si=yfpjHS5ZXeMx
«Quand la tête de Charlotte Corday fut tombée sous le fatal couteau, l'exécuteur, la montrant au peuple, osa lui appliquer deux soufflets. Les joues se couvrirent d'une rougeur qui frappa tous les regards.» Cette observation, rapportée par un témoin de l'exécution, le 17 juillet 1793 sur la place de la Concorde (Paris), a glacé le sang des spectateurs. Habituellement, les joues des cadavres ne rougissent pas. Pourtant, celles de la meurtrière de Jean-Paul Marat l'ont fait. Serait-ce la manifestation d'une forme de colère, de douleur ou de honte? Autrement dit, la marque d'une lucidité?
À la fin du XVIIIe siècle, les scientifiques sont convaincus que le cerveau est le siège de la pensée et de l'âme. Rien de surprenant, plaident-ils, à ce que les têtes séparées du tronc puissent encore manifester brièvement une activité cognitive. Plusieurs observations macabres vont dans ce sens: clins d'œil, spasmes faciaux, grimaces post-mortem… La Terreur révolutionnaire donne à voir par milliers les horribles rictus qui tordent les visages des «raccourcis». On raconte même que deux députés rivaux, condamnés coup sur coup, auraient poursuivi leur prise de tête dans les paniers de la guillotine, l'un des décapités ayant mordu la tête de l'autre!
Bien entendu, il se trouve quelques savants pour battre en brèche ces conclusions hâtives. À les entendre, les contractions du visage et autres convulsions post-mortem ne seraient que des réflexes nerveux, non l'expression d'une forme de conscience. «Pourquoi en effet confondre la sensibilité morale et la douleur avec l'irritabilité des fibres et la sensibilité purement mécanique?», s'indigne le médecin et député René-Georges Gastellier en 1796.
Si le débat est aussi virulent, c'est parce que la guillotine avait initialement été introduite pour assurer une mort «douce» et indolore aux suppliciés. «Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d'œil et vous ne souffrez point. Le supplice que j'ai inventé est si doux qu'on ne saurait que dire si on ne s'attendait pas à en mourir et qu'on croirait n'avoir senti sur le cou qu'une légère fraîcheur», assurait le docteur Joseph-Ignace Guillotin en 1789.
Or, les signaux d'une conscience post-décapitation contredisent l'efficacité du «rasoir national»: ils indiquent plutôt une terrible et muette agonie… Après tout, on voit bien des poules ou des serpents continuer à se mouvoir après leur décapitation! «Quelle situation plus horrible que celle d'avoir la perception de son exécution et à la suite l'arrière-pensée de son supplice», commente, amer, le médecin et chirurgien Jean-Joseph Sue (père d'Eugène Sue), en 1797.
Incapables de trancher, les scientifiques multiplient les expériences sur les têtes orphelines, les stimulant de diverses manières afin de déterminer si elles conservent un semblant de vie consciente. «Deux têtes coupées ayant été exposées aux rayons du soleil, les paupières qu'on avait soulevées se refermèrent avec une vivacité brusque», rapporte une anecdote de couloir du laboratoire du docteur Séguret. Le débat n'étant toujours pas résolu à la fin du XVIIIe siècle, les chercheurs redoublent d'inventivité, utilisant les nombreuses têtes moissonnées par les bourreaux afin de percer cet étrange mystère.
Sommes-nous revenus aux années 1930 ? Pour le savoir (re)plongeons-nous dans la pensée d’Hannah Arendt, la philosophe qui a décortiqué les régimes totalitaires, car si elle nous permet de comprendre comment s'est arrivé, elle nous donne aussi des clés pour éviter que ça ne se reproduise.
L'histoire d'Hannah Arendt est d'abord celle de sa survie. En tant que juive allemande elle a dû fuir une première fois l’Allemagne en 1933, à l'arrivée d'Hitler au pouvoir et une deuxième fois la France en 1940. C'est peut-être pour ça qu'elle consacre sa vie à comprendre, à analyser, à décortiquer les régimes totalitaires. Et ce qu’affirme Arendt dans son ouvrage le plus célèbre Les origines du totalitarisme (1951) c'est que le totalitarisme n'est pas une forme exacerbée de dictature.
S’il y a des éléments commun aux deux régimes comme la puissance absolue d’un chef, l’endoctrinement, le climat de défiance paranoïaque
ou encore la suppression des libertés fondamentales, il y a en revanche deux leviers qui sont spécifiques au totalitarisme.
Premièrement le complot, comme l'invocation par les nazis d'une conspiration juive mondiale et deuxiemement, la terreur.
"Le second levier consiste en une terreur sans fin. Pour Arendt, elle est l'essence même de ces régimes, car ils ne se contentent pas de détruire les adversaires politiques. Elle englobe ensuite, dans la catégorie de suspects ou d'ennemis objectifs, la population toute entière, chacun devenant en quelque sorte l'espion ou l'agent provocateur de n'importe qui.
Sylvie Granotier dans Arendt, la courageuse
Et c’est là que le totalitarisme est très spécifique, il ne se contente pas de contrôler les institutions : il cherche à s’emparer de la société, y compris des pensées et des croyances des individus.
Et c’est justement dans ce contrôle des individus que surgit un concept élaboré par Arendt - et qui a été critiqué car il minimiserait la responsabilité individuelle - c'est celui de "banalité du mal".
En 1961 à Jérusalem, Hannah Arendt assiste au procès d’Adolf Eichmann, un haut fonctionnaire nazi, impliqué dans la déportation massive des juifs. Pour elle, cet homme n’est ni un psychopathe sadique ni un monstre fanatique, mais plutôt le parfait exemple de ce que produit le totalitarisme et notamment la bureaucratie : c'est la la déresponsabilisation des individus.
Un individu normal, banal, qui ne fait qu'obéir aux ordres."On n'a pas besoin de personnalités exceptionnelles pour commettre le mal. En revanche, on a besoin de certaines situations. Et ce qu'elle dit d'Eichmann, ce qu'elle lui reproche, mis à part le fait qu'il a été l'un des grands acteurs de l'extermination des juifs, c'est finalement qu'il a refusé de penser."
De là, Arendt tire toute une réflexion sur le travail puisque Adolf Eichmann s’est défendu en disant qu’il "ne faisait que son travail". Et comme le précise Perrine Simon-Naoum : "ce contre quoi elle nous met en garde dans le phénomène travail, c'est la manière dont il produit une déshumanisation".
Pour comprendre ça, il faut déjà expliquer que pour Arendt il existe une distinction entre :
Arendt critique notre époque moderne dans laquelle l'œuvre et l’action sont négligées, ce qui conduit à l’aliénation du travail.
L’humain, réduit à sa fonction de travailleur, devient un "animal laborans" ce qui rend possible la déshumanisation dont elle parle. C’est donc pour ça que ses travaux lient le travail au totalitarisme.
"Il est dans la nature même du gouvernement totalitaire, (...) de transformer les hommes en fonctionnaires, en simples rouages de la machine administrative et, ainsi, de les déshumaniser." Extrait d'Eichmann à Jérusalem (1963)
Alors comment lutter contre cette aliénation ? Pour Arendt cela passe par l’action, l’activité la plus élevée de l'être humain. L’action permet donc aux individus de se dévoiler aux autres et de les découvrir, d’interagir avec eux et donc de faire un monde commun. C’est donc l’essence même de la politique
Arendt ne s’arrête pas là, car pour elle c’est aussi l’action qui rend libre, comme elle l'écrit dans La condition de l'homme moderne (1958) : "Être libre et agir ne font qu’un. "
Et pour Arendt la véritable liberté provient de l’action politique collective. Elle critique d’ailleurs ceux qui réduisent la liberté à une affaire individuelle qui se définirait simplement par l’absence de contrainte. Au contraire, Arendt insiste sur le caractère collectif de la liberté et nous met en garde dans Les Origines du totalitarisme (1951) : "Le but du totalitarisme n'est pas seulement de supprimer les opposants politiques, mais aussi d'isoler les individus les uns des autres et d’effacer toute forme d'organisation sociale ou de solidarité."
Donc d'après Hannah Arendt, pour lutter contre les régimes totalitaires le mieux ça reste donc de penser, débattre, et de s’engager collectivement.
Source France Info
Janvier 2015, la France enterre ses morts. Les corps du supermarché de la porte de Vincennes viennent à peine de quitter l’Institut médico-légal. Les gerbes de fleurs s’amoncellent devant l’Hyper casher, les bougies se consument dans le vent glacé. Le 11 janvier, à la tribune de l’assemblée nationale, Manuel Vals prononce la phrase qui fera le tour du monde : « La France sans ses juifs, ne serait plus la France. » Dans les synagogues, certains hochent la tête, d’autres essuient leurs lunettes embuées. Beaucoup veulent croire que ces mots résonnent au-delà, veulent croire à ce sursaut républicain, à la possibilité d’un retour à la maison, à la promesse originelle.
Dix ans plus tard, ces mots me reviennent constamment comme un écho étouffé par le tumulte des foules, les chants vengeurs, les insultes hurlées dans les manifestations. Les visages des otages ont disparu des murs. Les noms des enfants massacrés le 7 octobre ne sont plus prononcés.
Nous avons changé d’époque. Ce n’est plus la veille d’une grande mobilisation républicaine, mais à l’aube grise d’un lent départ, visible ou invisible. La prophétie de Vals n’est plus une mise en garde, c’est peut être un constat.
En 2014-2015, nous pensions que l’antisémitisme était une marée qu’on pouvait repousser. Il y avait eu « Jour de colère », ces cortèges où l’on criait « Juifs, la France n’est pas à vous ». Des synagogues attaquées, des enfants tués à Toulouse, un musée visé à Bruxelles. Mais tout cela semblait pouvoir être endigué par un sursaut politique et moral. On savait qu’il y avait de l’antisémitisme en France, fort et violent, mais on savait aussi que la Francec n’était pas antisémite. La république avait encore des réflexes.
Dans les salons parisiens, on répétait que c’était une crise passagère, attisée par la guerre à Gaza ou par la montée de l’islamisme, et que la France, après tout, avait connu pire. On citait la libération de 1944, la Résistance, l’émancipation de 1791. L’histoire, croyait on, nous protégeait.
J’y croyais aussi. Fille de réfugiés roumains, née en Allemagne, je m’étais installée en France avec l’idée que l’Europe restait le grand projet libéral des siècles passés, un continent façonné par ses juifs et capable d’embrasser leur particularisme dans un universalisme généreux. Je pensais que malgré tout, malgré les promesses reniées, l’histoire n’était pas une boucle mais une ligne ascendante.
Nous ne savions pas encore que la vague n’était pas une poussée conjoncturelle, mais la première lame d’une marée qui ne refluerait peut-être plus.
Il a suffit d’une génération pour que l’antisémitisme, que l’on croyait relégué aux marges, s’installe au cœur des sociétés européennes. Ce qui, en 2014, semblait une poussée ponctuelle est devenue une condition permanente. Les slogans entendus dans les rues de Paris en octobre 2023 –« From the river to the sea », « Israël génocide », ne sont pas des éclats de colère : Ce sont des leitmotivs, appris par cœur, répétés chaque semaine, diffusés sur les réseaux sociaux, dans les conversations.
La haine a changé d’échelle et de nature. Elle ne se cache plus dans les interstices. Elle siège dans les institutions. Elle parle sur les plateaux de télévision, enseigne à l’université, obtient des subventions au nom de la lutte contre le racisme. Elle s’abrite derrière les ONG, les collectifs, les hashtags, les colloques universitaires où le mot « sionisme » tient lieu d’insulte définitive et où les juifs, ainsi que tous ceux qui les défendent, deviennent des « soutiens au génocide ».
Depuis 2015, un basculement nouveau s’est produit, de la violence ouverte, spectaculaire, on est passé à la discrimination assumée. Ici, un restaurant qui refuse de servir un israélien. Là, un hôtel qui annule une réservation en découvrant un passeport israélien. Ailleurs, un festival qui déprogramme un film sur le / octobre. Cette mise à l’écart, plus insidieuse, plus « respectable » en apparence, ronge le lien civique jusqu’à l’os.
Les juifs changent de nom sur leurs applications Uber ou Deliveroo. Des mères retirent leurs enfants de l’école publique. Des israéliens se demandent s’il est encore possible de voyager. C’est une exclusion non par la violence de masse, mais par la normalisation du soupçon et de la discrimination.
De l’autre côté de l’Atlantique, longtemps, nous avons regardé l’Amérique comme un refuge moral. Ses campus bruissaient de la promesse d’un American Dream, ses institutions célébraient la diversité, son peuple et sa classe politique affichaient un soutien quasi consensuel à Israël. Cette image appartient au passé.
Depuis quelques années, et surtout depuis le 7 octobre, les universités américaines sont devenues des laboratoires d’hostilité assumée. Sur les pelouses impeccables de Harvard ou Columbia, des tentes s’alignent comme dans un campement de siège, des mégaphones hurlent des slogans qui, il y a dix ans, auraient conduit à des exclusions immédiates. Des étudiants juifs sont sommés de quitter la bibliothèque, bousculés à l’entrée d’un amphithéâtre, insultés dans les couloirs. Des professeurs parlent de « résistance légitime » à propos du massacre de familles entières.
Le vernis protecteur s’est fissuré. Au congrès, des élus reprennent sans détour des tropes séculaires. « Lobby juif », « argent de l’influence », sans que leur carrière en souffre vraiment. A New York, un candidat est célébré comme l’icône du progressisme branché alors qu’il cautionne le slogan « globaliser l’intifada », soutient le boycott d’Israël et s’affiche avec des réseaux islamistes. Avec Trump revenu à la maison blanche, des mesures concrètes sont prises, dans les universités, contre le harcèlement des étudiants juifs, sur le plan stratégique, avec le soutien militaire accru à Israël. Mais les méthodes sont si abruptes, si offensives, qu’elles interrogent et parfois même, répugnent ceux qui, sur le fond, pourraient y souscrire.
Le balancier est immédiat ; tout ce qui est associé à Trump devient par réflexe, suspect. Afficher son soutien à Israël ou se dire sioniste devient, pour certains milieux progressistes, un marqueur politique aussi clivant qu’un slogan de campagne républicain. Par simple opposition à Trump, on bascule alors vers un anti-israélisme, voir un antisémitisme, de posture. Et plus les camps s’affrontent ainsi, plus ils finissent par se ressembler, à la manière d’un fer à cheval. A gauche Rashida Tlaib, Lihan Omar et à droite, Candace owens, Tucker Carlson. Des univers idéologiques différents, mais qui convergent dans la défiance envers les institutions démocratiques et dans une vision hostile, caricaturale, de l’histoire juive et d’Israël.
Depuis sa création, Israël a tenu lieu de refuge, d’espoir et de digue. On savait que, contrairement aux années 1930, on pouvait quitter Paris, Londres ou Bruxelles, et trouver Tel-Aviv, Haïfa, Jérusalem. On pouvait tout perdre, sauf cette certitude ; il y aurait toujours un endroit où un juif serait chez lui.
Le 7 octobre a fissuré cette certitude. Au sud, le hamas et au nord le hezbollah, à l’est les milices pro-iraniennes et en mer, les houthis. Un encerclement pensé depuis des années, rendu visible par la guerre. Mais le plus grand danger est peut-être à l’intérieur. La déchirure possible entre ceux qui veulent un Israël fort à tout prix et ceux qui veulent qu’il reste fidèle à sa double promesse, être à la fois juif et démocratique.
Et pourtant, Israël n’est pas un pays comme les autres. Il est une idée politique unique, née à la fois du gouffre et de l’espérance, symbole de survie et d’auto-émancipation. L’histoire juive est une succession de départs ; Tolède, Vienne, Varsovie, Casablanca…..Toujours, il y avait un ailleurs ; Amsterdam après l’Espagne, New York après l’Europe, Israel après la Shoah.
Mais une idée inavouable m’obsède depuis le 7 octobre ; que se passe t’il si pour la première fois depuis deux mille ans, il n’y a plus d’ailleurs ? Ni l’Europe, ni l’Amérique, ni Israël pleinement sûr de lui ?
Alors je me rassure. J’essaie de sortir de mon ashkénazim maladif et je me dis que oui, le défi est immense, mais il existe une ouverture. L’intégration régionale. Alors que l’occident semble se détacher d’Israël, peut-être ce pays pourrait il se rattacher au Moyen-Orient.
Les accords d’Abraham, puis les rapprochements stratégiques depuis 2023 avec les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc, l’Egypte la Jordanie, et à terme peut –être même le Liban ou l’Arabie Saoudite, dessinent la possibilité d’un ancrage moins dépendant du regard occidental. Cette coopération repose sur des intérêts sécuritaires communs (la menace iranienne, la lutte contre les réseaux islamistes), sur des complémentarités économiques (technologies, énergie, agriculture) et sur la reconnaissance tacite qu’
Israël est un acteur indispensable à la stabilité régionale.
Si Israël parvient à préserver son équilibre interne, à consolider ces alliances et à trouver un moyen de parvenir à une relative paix avec les palestiniens, il pourrait entrer dans une phase où il ne serait plus seulement un refuge pour les juifs, mais un pivot régional incontournable.
Pour l’Occident, en revanche, la question demeure brûlante et non résolue. Manuel Vals avait raison : ma France sans ses juifs ne serait plus la France. L’Europe sans ses juifs ne serait plus l’Europe, l’Amérique sans ses juifs, ne serait plus l’Amérique. Chaque fois qu’un pays a perdu ses juifs, par l’expulsion, l’exil ou l’extermination, il a perdu une part de sa vitalité intellectuelle, de sa créativité culturelle et de sa force morale.
Depuis l’émancipation, les juifs sont un baromètre démocratique : leur sécurité et leur intégration sont les marqueurs de la santé d’un régime. Les attaquer ou les marginaliser est toujours un signe d’une régression politique et morale. Israël pourrait survivre au naufrage occidental. Mais l’Occident, le jour où il acceptera de vivre sans ses juifs, aura déjà commencé son propre exil intérieur. Un exil qui ne se mesure pas en kilomètres, mais en perte d’âme..
Simone Rodan Ben Zaquen - Directrice Générale AJC Europe